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Art citoyen

21 septembre 2026

9 projets artistiques pour faire vivre la citoyenneté en milieu rural

Art citoyen
Art et démocratie culturelle
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Traverse

Partout en France des associations inventent de nouvelles alliances pour répondre aux enjeux sociaux, économiques, environnementaux et culturels qui traversent les territoires ruraux. À travers l’art, elles contribuent à renforcer la citoyenneté et le pouvoir d’agir. Découvrez les 9 lauréats 2026 de notre appel à projets Médiations et démocratie culturelle.

 

Des alliances pour faire émerger de nouvelles réponses

Réchauffement climatique et stress hydrique, isolement en milieu rural, inégalités femmes-hommes ou encore préservation d’un patrimoine immatériel local : les préoccupations des habitants des communes rurales sont diverses et leurs réponses pour y remédier d’autant plus créatives. Le recours à l’art, au-delà de sa simple dimension esthétique, permet de questionner et d’engager la participation citoyenne. 

Cette année encore, les lauréats de notre appel à projets Médiations et démocratie culturelle se distinguent par les collectifs protéiformes qui les portent, unis par le besoin d’allier les expertises d’acteurs culturels, de compagnies artistiques, de structures du champ social, de collectifs de citoyens et de collectivités locales pour apporter des solutions nouvelles à ces questions.

 

Nicolas Le Goff - Responsable Art citoyen -Fondation Carasso

«

Il nous semble essentiel de soutenir et de visibiliser des initiatives artistiques et culturelles qui se déploient en milieu rural ; surtout lorsqu’elles sont imaginées et portées collectivement par des acteurs ancrés localement, qui unissent leurs forces pour inventer de nouvelles façons de faire et de créer du lien. 

»

Nicolas Le Goff

Responsable de programmes Art citoyen de la Fondation Daniel et Nina Carasso

La culture, au cœur des dynamiques rurales

Loin de l’image de territoires dépourvus de vie culturelle, les projets lauréats témoignent au contraire d’une forte capacité d’initiative. Leur particularité : partir d’une histoire locale, d’un enjeu concret ou d’une expérience vécue pour faire de la création un espace de dialogue et de mobilisation.

« On parle souvent de désert culturel pour évoquer les zones rurales, mais il n’en est rien. Ce qui existe, c’est plutôt un maillage inégal des institutions et des lieux de culture. C’est ce qui rend cet appel à projets particulièrement intéressant : il s’appuie sur les acteurs culturels présents au plus près des habitants », explique Renaud Weisse, Conseiller pour l’action culturelle et territoriale au sein de la DRAC Grand Est et membre du jury. 

L Habitat

De la rivière Grenette au retour du loup dans la Double, de la mémoire des rituels du Haut-Allier aux récits de femmes en Dordogne, les neuf projets sélectionnés (voir plus bas) prennent ainsi appui sur des réalités très différentes. Mais tous cherchent à créer les conditions d’une rencontre : entre habitants et artistes, entre générations, entre personnes qui ne se côtoient pas toujours ou encore entre des points de vue parfois opposés.

« Ces projets ont tous un point commun : ils partent d’une histoire locale, d’un vécu ou d’un enjeu propre au territoire. Cela permet aux habitants qui y prennent part de se réapproprier leur lieu de vie, de contribuer à le faire vivre et rayonner, mais aussi de faire naître un sentiment de fierté et d’appartenance », souligne Renaud Weisse.

«

Les projets lauréats sont une véritable mine de bonnes pratiques. Ils montrent que, dans ces territoires parfois dits reculés, l’isolement peut aussi favoriser l’émulation. Ils portent un double regard : depuis l’extérieur, ils donnent un coup de projecteur sur ces régions ; de l’intérieur, ils invitent leurs habitants à les regarder autrement.

»

Renaud Weisse

Conseiller pour l’action culturelle et territoriale au sein de la DRAC Grand Est et membre du jury

Un accompagnement dans la durée

Après une instruction approfondie de toutes les candidatures, 17 projets ont été présélectionnés et présentés à un jury d’experts, qui a désigné les neuf lauréats. Pour enrichir les échanges, trois anciens lauréats étaient associés à ce jury afin qu’ils puissent partager leur expérience de porteurs de projets. 

Trois équipes lauréates bénéficieront d’un accompagnement spécifique à la maturation de projet durant six mois, pour pouvoir affiner leurs démarches avant d’être confirmées dans le cadre d’un second jury non concurrentiel. 

Faire travailler ensemble artistes, associations, collectivités et habitants ne s’improvise pas. Les expériences des lauréats des précédentes éditions, accompagnés par la Fondation Daniel et Nina Carasso, montrent que la coopération se construit par étapes : il faut apprendre à se connaître, partager les savoirs et les pratiques, expérimenter, ajuster les rôles et parfois faire évoluer le projet au fil des rencontres. Dans le Sud du Luberon, par exemple, les partenaires des Assemblées extraordinaires, lauréat 2024, ont consacré plusieurs mois à expérimenter de nouvelles formes de coopération avec un petit groupe d’ambassadeurs du projet, avant de pouvoir élargir la participation à un plus grand nombre d’habitants. À Saint-Pardoux-la-Croisille et au Chastang, le projet Manger avec les oreilles a également nécessité du temps pour aller à la rencontre des habitants et créer une relation de confiance.

C’est dans cette perspective que la Fondation propose, pour trois des projets lauréats de cette édition, une phase de maturation de six mois. Elle permet aux équipes de consolider leur gouvernance, de tester leurs premières pistes et de renforcer les alliances locales avant de passer à l’action. Un temps parfois invisible, mais essentiel pour faire émerger des projets collectifs solides et durables.

 

À lire : « Dans les campagnes, l’art tisse des liens et redonne vie à la démocratie »

 

Calendrier des gestes de la terre et des vivants

Le jury

  • Romain Barré — La Bulle, Hautes-Alpes (lauréat de l’appel à projets – édition 2024)
  • Sébastien Bénazet — Topophone, Toulouse
  • Sonia Derzypolski — Refaire Assemblée, Haute-Loire (lauréat de l’appel à projets – édition 2024)
  • Margaux Fouquet — Le Jardin Partagé, Puy-de-Dôme (lauréat de l’appel à projets – édition 2024)
  • Pierre Gernet — Polymorphe Corp
  • Alice-Anne Jeandel — Observatoire des politiques culturelles, Grenoble
  • Manon Kempinaire — Communauté de communes Haute Tarentaise
  • Benoît Mounier – Fondation Daniel et Nina Carasso France
  • Elodie Rolland — Fondation RTE pour les ruralités
  • Karine Tauzin — Biennale d’art contemporain de Lyon
  • Renaud Weisse — DRAC Grand Est

Qui sont les 9 lauréats 2026 ?

Prendre soin du bassin versant de la Grenette

1.

La citerne lit création Fred Sancere

2.

Confluence des solitudes

3.

1. Prendre soin du bassin versant de la Grenette

Association Les Amanins (26) – projet en phase de maturation

Dans la Drôme, le stress hydrique fragilise durablement la rivière Grenette et appelle une mobilisation collective. Depuis 2023, l’association Les Amanins réunit agriculteurs, élus, habitants et acteurs économiques autour d’une démarche de paysage régénératif, mêlant hydrologie, agroforesterie et pratiques agricoles. Avec la compagnie Les Racines du Vent, le projet s’appuie sur le conte, la création sonore et la marionnette pour sensibiliser les habitants et faire émerger une culture commune du « prendre soin », au service de l’eau, de la biodiversité et de la résilience agricole.

 

2. La piste radieuse

Derrière Le Hublot (12) – projet en phase de maturation

À Livinhac-le-Haut, dans l’Aveyron, La piste radieuse invite à repenser l’habitabilité d’un territoire rural marqué par son passé industriel. Porté par Derrière Le Hublot, la commune et l’Office de tourisme de Decazeville Communauté,en lien avec un vaste réseau de partenaires, le projet valorise les savoir-faire, récits et imaginaires locaux à travers une démarche artistique et participative.

En associant habitants, artistes et partenaires, il fait émerger de nouvelles façons d’habiter et de faire société, en donnant notamment une place aux publics dits « invisibles ».

 

3. Confluence des solitudes

La Palette (23) – projet en phase de maturation

Dans la Creuse, Confluences des solitudes explore les différentes formes de solitude en milieu rural, en cherchant à lutter contre l’isolement tout en valorisant les solitudes choisies et émancipatrices. Porté par La Palette et la Compagnie Saute Le Pas !, le projet s’inscrit dans un travail sur les « résistances ordinaires » et s’appuie sur des immersions auprès d’auxiliaires de vie, des actions de porte-à-porte et une collecte de chaussettes solitaires, prétexte à la rencontre. Ce diagnostic sensible nourrira des ateliers artistiques pour faire émerger une parole collective et transformer le regard sur la solitude.

Bouillon atelier

4.

L Habitat 22

5.

Ici personne ne nous entend crier

6.

4. Calendrier des gestes de la terre et des vivants

Compagnie Les Décisifs – Les Ateliers du milieu (52 et 21)

Dans le Parc national de forêts, à cheval entre la Haute-Marne et la Côte-d’Or, le projet Calendrier des gestes de la terre et des vivants cherche à retisser des solidarités rurales fragilisées par l’isolement et les transformations du monde agricole. Porté par la Compagnie Les Décisifs – Les Ateliers du milieu, il réunit habitants, paysans, artisans et artistes autour de laboratoires immersifs. Objets du quotidien, gestes agricoles et rituels liés aux cycles de la terre deviennent ainsi matière à création pour réactiver des temps partagés et faire émerger de nouveaux rituels collectifs.

 

5. We can be heroes

Centres Social des Grands Lacs du Morvan (58 et 71)

Dans le Morvan, We can be heroes donne les premiers rôles à des habitants vulnérables ou stigmatisés : personnes âgées, en situation de handicap, isolées ou précaires. Porté avec le Centre Social des Grands Lacs du Morvan, le projet mêle théâtre, action sociale et enquête documentaire. Ateliers, improvisations et résidences permettent aux participants d’explorer leurs parcours et d’expérimenter la vie de troupe, avant une tournée de spectacles poético-burlesques où ils incarnent des héros de films cultes. Une approche sociologique et cinématographique accompagne le projet pour questionner les représentations de la fragilité.

 

6. Ici personne ne nous entend crier

La Gare Mondiale (24)

En Dordogne, le projet « Ici, personne ne nous entend crier » place les femmes au cœur d’une démarche d’art citoyen. Face à une parole encore trop peu entendue, le collectif Les Arts à souhait, la compagnie Souffler sur les braises et le CIDFF créent, dans quatre communes, des espaces d’expression autour des arts de la parole. Les participantes partagent leurs expériences et explorent l’écriture et le théâtre pour faire émerger une parole collective sur les droits des femmes, les violences et les inégalités de genre.

Rituels du Haut Allier

7.

lba chorale

8.

L art du lien

9.

7. Rituels du Haut Allier

Association Grosso Modo (43)

Dans le Haut-Allier, en Haute-Loire, l’association Grosso Modo et un collectif d’acteurs culturels et d’habitants cherchent à réactiver les rituels collectifs pour lutter contre l’isolement et l’individualisme. Le projet s’appuie sur la mémoire des rituels passés, présents ou imaginés, recueillie auprès des habitants, pour concevoir ensemble un grand rituel local. Collecte, création et expérimentation permettront ainsi de faire revivre des pratiques collectives, en lien avec le patrimoine immatériel du territoire, et d’inventer de nouvelles formes de partage.

 

8. En piste dans la Double

CIVAM Produire Partager Manger Local (33, 24)

Dans la Double, massif forestier de 800 km² entre Dordogne et Gironde, le retour du loup transforme les équilibres locaux et ravive les tensions. Porté par le CIVAM Produire Partager Manger Local et un réseau de 120 citoyens « vigies », le projet En piste dans la Double s’appuie sur deux créations artistiques : un parcours sonore immersif et une création théâtrale participative. Nourries par les témoignages d’éleveurs, chasseurs, écologues et promeneurs, elles cherchent à faire dialoguer des perceptions parfois opposées et à imaginer des futurs partagés entre humains et non-humains.

 

9. L’art du lien

Tero Loko (38)

À Notre-Dame-de-l’Osier, en Isère, Tero Loko accueille des personnes en situation d’exil et de grande précarité et favorise leur insertion par le maraîchage et la boulangerie biologiques. Avec L’Art du lien, l’association veut faire de la culture un espace de rencontre entre personnes exilées, habitants et acteurs du territoire. Vidéo, théâtre, musique et écriture créative nourriront des cycles de création participative et une programmation liée aux temps de vie locaux. Le projet valorise les langues et les parcours pour faire émerger des récits collectifs et faire évoluer les regards sur l’accueil.

Crédits photos : © La Grenette ; © We can be heroes ; © Aymeric Swiatoka ; © Calendrier des gestes de la terre et des vivants ; © La piste radieuse ; © Confluence des solitudes ; © Ici personne ne nous entend crier ; © Rituels du Haut Allier ; © En piste dans la Double ; © L’art du lien 

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