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Art citoyen

29 juin 2026

L’éducation aux images, un enjeu éducatif, culturel et citoyen

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Art et éducation
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France Alzheimer - éducation aux images

Chaque été, les festivals de cinéma et de photographie, de Biarritz aux Rencontres d’Arles, ouvrent des espaces de découverte où s’inventent de nouvelles manières de regarder le monde. Mais leur action ne s’arrête pas là : tout au long de l’année, ils interviennent dans les écoles et les structures sociales et culturelles pour transmettre à des publics variés les clés de lecture des images, un des piliers du développement de l’esprit critique. Renforcé par les politiques publiques récentes, ce champ en pleine structuration mobilise acteurs territoriaux et réseaux culturels, avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso, engagée pour une meilleure compréhension et appropriation des images par tous.

Au collège Villa Fal à Biarritz, en cette fin d’année scolaire, les élèves de 5e referment un long travail mené autour d’un documentaire découvert plusieurs mois plus tôt. En septembre 2025, ils ont assisté à la projection d’Una canción para mi tierra du réalisateur argentin Mauricio Albornoz Iniesta au Festival Biarritz Amérique Latine. Puis l’expérience a été prolongée en classe à travers trois rencontres et ateliers organisés tout au long de l’année avec leur professeure d’espagnol, Michèle Elichondo. 

Pour cette enseignante, travailler sur l’objet film et le décoder aide les élèves à mieux comprendre le monde autour d’eux et à s’ouvrir à d’autres cultures. « Cela implique un travail d’étude, de réflexion critique et d’acquisition de connaissances. On aborde les œuvres en profondeur, qu’elles soient nationales ou internationales, quel que soit leur genre – fiction, animation ou cinéma d’auteur, explique-t-elle. C’est aussi un moyen de libérer la parole. Après le film, nous avons eu un débat de 45 minutes que les élèves ont beaucoup apprécié. » 

Le film est devenu un support d’analyse : revu par fragments, discuté collectivement, interrogé dans sa construction. Ce qui était d’abord une découverte en salle obscure s’est transformé en un travail au long cours sur les images et leur lecture. 

 

Des festivals comme point de départ d’un apprentissage du regard

Cette expérience locale s’inscrit dans une dynamique plus large : celle des festivals comme déclencheurs d’un parcours d’éducation aux images qui s’inscrit dans la durée, notamment avec les publics scolaires.

En Nouvelle-Aquitaine, le Festival Biarritz Amérique Latine accueille chaque mois de septembre près de 4 000 élèves lors de projections et de rencontres avec les cinéastes. Mais ce temps fort n’est qu’un point d’entrée dans un travail au long cours. Pendant l’année, l’équipe du festival sillonne la région pour approfondir le travail démarré lors de ces venues ou présenter des films aux élèves qui n’ont pas pu faire le déplacement. 

Atelier éducation aux images

« C’est un public dans l’immense majorité totalement néophyte » raconte Pierre-Nicolas Chambefort, Coordinateur de programmation au Festival Biarritz Amérique Latine. « L’idée est de faire découvrir de nouvelles choses, de donner des clés pour comprendre des réalités et des contextes. » 

Les interventions s’articulent autour de deux axes : l’éducation aux enjeux latino-américains et l’éducation aux images. « Avec le collège Villa Fal à Biarritz, nous avons beaucoup travaillé par exemple sur la mise en scène : comment un récit se construit-il à l’écran, et avec quels éléments ? Il est essentiel de faire comprendre qu’un documentaire est aussi un langage cinématographique. La mise en scène permet de raconter un fait réel avec une forme qui peut parfois se rapprocher de la fiction — au point que beaucoup d’élèves ne réalisaient pas que ce qu’ils voyaient était réel » poursuit-il. 

Cette lecture critique se prolonge au-delà du cinéma. « J’essaie de leur faire comprendre  que tout ce qu’on voit à l’écran est construit de manière réfléchie pour susciter une émotion spécifique chez le spectateur. Il est important qu’ils gardent cela en tête quand ils regardent une vidéo d’influenceur sur les réseaux sociaux. Selon les choix de mise en scène, on peut chercher à séduire ou, à l’inverse, à agacer par exemple », précise-t-il.

Atelier éducation aux images

Atelier éducation aux images

Education aux images atelier

Former l’esprit critique : un enjeu éducatif et démocratique

Dans un monde inondé d’images, qu’il s’agisse de films, de réels ou de photos sur nos multiples écrans, la capacité à comprendre comment ces contenus sont fabriqués devient un enjeu de société majeur. 

En novembre 2025, les ministères de la Culture et de l’Education nationale ont ainsi annoncé une série de mesures visant à adapter l’éducation aux images aux nouveaux défis engendrés par la prolifération des écrans, notamment en matière de santé mentale et physique des enfants, mais aussi de cohésion sociale et de vie démocratique.

« L’éducation aux images, qui s’inscrit dans les dispositifs d’éducation culturelle et artistique, c’est aller à la rencontre d’un regard autre que le sien —  celui d’un créateur ou d’un participant à une même expérience collective, et mesurer combien cette confrontation nourrit notre capacité d’analyse et affine notre esprit critique », explique Delphine Lizot, Déléguée générale de l’Archipel des lucioles, association subventionnée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) pour coordonner au niveau national plusieurs dispositifs d’éducation aux images. « Aujourd’hui, dans une société fortement polarisée où les avis sont très tranchés, s’exposer à l’altérité permet d’ouvrir d’autres perspectives et contribue à l’émancipation de chacun », ajoute-t-elle.

Ainsi, selon une étude d’impact réalisée en 2025 autour du dispositif Ma Classe au cinéma par le CNC, 70,2 % des participants de 10 à 20 ans estiment que les séances de ce programme leur ont permis de développer leur esprit critique. Par ailleurs, pour 63,9 % des participants de cette même tranche d’âge, participer au programme les a amenés à réfléchir à des sujets sociétaux.

Delphine Lizot, Déléguée générale de l’Archipel des lucioles

«

L’éducation aux images, c’est aller à la rencontre d’un regard autre que le sien et mesurer combien cette confrontation nourrit notre capacité d’analyse et affine notre esprit critique. Aujourd’hui, dans une société fortement polarisée où les avis sont très tranchés, s’exposer à l’altérité permet d’ouvrir d’autres perspectives et contribue à l’émancipation de chacun. 

 

»

Delphine Lizot

Déléguée générale de l’Archipel des lucioles

Au-delà de l’analyse, les acteurs de l’éducation aux images s’appuient aussi sur la pratique. Aux Rencontres d’Arles, rendez-vous majeur de la photographie chaque été, cette approche est développée depuis une trentaine d’années. Face au nombre grandissant d’images manipulées et fausses, l’apprentissage par le “faire” s’impose comme un levier essentiel pour développer l’esprit critique.

« L’idée, c’est que lorsqu’on construit une image, on en comprend les mécanismes de fabrication. Lors des ateliers, on montre à quel point une image peut être interprétée de multiples façons, voire truquée. On rappelle également que, dès l’invention de la photographie, certaines images étaient déjà retouchées ou détournées, notamment à des fins de propagande » explique Fabrice Courthial, Responsable du pôle éducation-formation aux Rencontres d’Arles.

Une Année en images 2026
Atelier jeune public
Atelier France Alzheimer
Atelier enfants

Des outils pour élargir l’accès à l’éducation aux images 

Tout au long de l’année, le festival déploie ses actions de médiation principalement en milieu scolaire, en particulier dans des zones reculées en périphérie d’Arles, mais aussi au sein de structures telles que des instituts médico-éducatifs ou des EHPAD, à travers le dispositif Une Année en Images. Toutefois, la diversification des publics reste toujours un enjeu de taille. Grâce au programme Une Rentrée en Images, pendant quatre à cinq semaines à partir de septembre, près de 12 000 personnes accompagnées par des associations sont accueillies par jour pour des actions d’éducation.

« Cela faisait 3 ans que nous essayions d’ouvrir le dispositif à des publics accompagnés par des structures des champs social, médico-social, ou judiciaire. Grâce notamment au soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso, nous avons pu passer d’une dizaine à une cinquantaine de groupes accueillis. Mais nous ne parvenons pas encore à répondre à toutes les demandes » souligne Fabrice Courthial. 

Fabrice Courthial

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Cela faisait 3 ans que nous essayions d’ouvrir le dispositif à des publics accompagnés par des structures des champs social, médico-social, ou judiciaire. Grâce notamment au soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso, nous avons pu passer d’une dizaine à une cinquantaine de groupes accueillis. Mais nous ne parvenons pas encore à répondre à toutes les demandes. 

 

»

Fabrice Courthial

Responsable du pôle éducation-formation aux Rencontres d’Arles

Pour déployer davantage d’actions d’éducation aux images malgré les limites logistiques d’accueil, le festival a développé des outils pédagogiques dont peuvent s’emparer les enseignants, éducateurs ou encadrants d’associations. Le jeu Pause Photo Prose, dont les 6000 exemplaires sont quasiment écoulés, propose d’analyser et d’interpréter des photographies, en interrogeant à la fois leur sens et leurs usages possibles. « On montre que la photo échappe aussi à son créateur et qu’elle peut être réinterprétée : par la presse pour illustrer un article, pour une pochette de CD, pour une couverture de livre… » explique Fabrice Courthial. 

Le dispositif est complété par des outils numériques comme la plateforme Observer/Voir (environ 3 500 utilisateurs réguliers), qui met à disposition ateliers, ressources théoriques et repères pratiques pour travailler l’image en présentiel ou à distance. Ou l’application Œil pour œil, qui propose des contenus autour des travaux de photographes comme Charlotte Abramow ou Matthieu Gafsou, permettant d’aborder avec les publics des thématiques sociales rarement traitées — la place des femmes, le regard que la société peut porter sur les personnes en situation de handicap moteur…— .

Visite atelier

Mutualiser et structurer pour mieux diffuser

Au niveau national, l’association l’Archipel des lucioles a lancé en septembre 2025 un espace ressources et outils sur son site internet, destiné à valoriser les initiatives locales. Cette plateforme recense les supports créés par les coordinations territoriales autour des films et thématiques du réseau, dans une logique de mutualisation. « Pendant très longtemps, les ressources créées localement n’étaient pas forcément partagées et plusieurs coordinations pouvaient créer des outils sur les mêmes œuvres. Désormais, si l’on souhaite programmer un film sur son territoire, on peut savoir qu’il existe potentiellement une ressource réalisée par une autre coordination » se félicite Delphine Lizot.

Cette mise en commun s’inscrit dans un mouvement plus large de structuration du secteur depuis plusieurs dizaines d’années. Au-delà de la mutualisation des ressources, l’Archipel des lucioles a pour rôle d’animer les réseaux de professionnels dans les territoires — exploitants de cinéma, médiateurs, pédagogues et associations — et de créer des liens entre les structures locales, les équipes enseignantes et les collectivités. « Les coordinateurs territoriaux sont également très impliqués dans la formation des enseignants et dans la programmation des films destinés aux jeunes », note Delphine Lizot. 

L’écosystème territorial qui se déploie autour de ces actions va jusqu’à interroger les modalités de financement de ces dispositifs. « Dans certaines zones rurales, par exemple, la hausse du prix de l’essence a conduit des communes à réduire, voire supprimer, le financement des transports vers les cinémas. Ce sont alors les coordinations locales qui tentent de trouver des solutions : elles jouent, au final, un rôle de terrain très politique. »

En structurant les coopérations, en mutualisant les ressources et en accompagnant les acteurs de terrain, ces réseaux cherchent à garantir un accès plus équitable aux images — et à faire en sorte que ces apprentissages ne restent pas réservés à quelques publics.

Crédits photos : © France Alzheimer ; © Rentrée en images ; © Une Année en images @Aurore Valade ; © Stucin

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